


Homme libre, toujours tu chériras la mer... Aujourd’hui, je débarque. Je quitte définitivement le bateau de commerce "Marfret Marajo" après un mois d'une résidence artistique hors du commun. J’étais venu chercher une matière un peu particulière à bord ce porte-boîtes de 170 mètres de long hors tout (170,06 mètres pour être précis) autour de l'objet conteneur, de sa symbolique et, plus généralement, de la question du lien.
Les conteneurs tissent des liens entre les continents. Le conteneur est symbole du marché, symbole d’un travail oublié, jamais pourtant interrompu, qu'est celui du transport maritime. Des liens qui subsistent, des liens qui se créent. Des liens se nouent aussi entre la compagnie, ses bateaux et les agences maritimes; entre les marins et leur famille ou leurs proches.
La question des liens commerciaux, représentés par les conteneurs, est assez impalpable à bord. Elle devient nettement plus traçable au travers des transactions, des manutentions souvent rapides mais toujours tangibles, grâce à la réalité matérielle des boîtes quels que soient leur format et leur couleur.
Entre le navire et la compagnie, le lien est visible via la coordination entre les équipes à terre (les agences) et la mer. Les agences peuvent demander au bateau d’être présent à telle heure, ici ou là, d'occuper tel quai pour y décharger telle chose et embarquer telle autre. Les échanges traitent aussi parfois de simples constats de dégâts (damages reports) occasionnés, par des manutentions malhabiles, sur la cargaison elle-même ou sur le navire !
Les liens entre les marins et leur famille ou leurs proches ont été les plus difficiles à appréhender. Je fais même, dans ce domaine, le constat d’un demi-échec. Sauf à noter qu’Internet et les systèmes de messagerie avec caméra (tchat) sont très utilisés au cours des escales. Mais je n’ai pas pu pénétrer la sphère privée de mes hôtes. Ont-ils dans leur cabine des objets ou rituels symboliques d'un lien, compensateurs de l'absence : photos de famille, objets fétiches, sacralisés ? Je l'ignore.
Ma difficulté à établir le contact avec les marins s'explique en partie par leur rythme de travail et les plages de repos qui en découlent. Il n'y a pas de temps collectif, après le travail chacun retourne dans sa cabine pour se reposer ou pour prendre un moment de détente privatif.
Voilà ! Trente-et-un jours de vie maritime au rythme du commerce, c'est déjà, en soi, une expérience extraordinaire. J’ai fait près de 1 600 photos dont une partie doit être exploitable, une trentaine de croquis et des encres préparatoires pour des toiles. J'ai écrit des textes, pris des notes, rédigé des documents... Bref, je dispose de suffisamment de matière pour accoucher, j’espère, d'autre chose qu'une souris !
Je serai bientôt de retour dans le froid breton puis je retournerai à Marseille, début mars, pour y retrouver le "Marajo".
Je voudrais d’ores et déjà remercier la compagnie Marfret pour toute la logistique de projet, pour l’accueil et le voyage, remercier le commandant et tout l’équipage du Marfret Marajo pour leur accueil à bord.
Merci aussi à tous ceux qui ont permis la réalisation de ce projet et à ceux qui ont contribué, un mois durant, à faire vivre ce blog. Merci à ma sœur qui a assuré le "secrétariat d’édition".
J’espère vous retrouver très bientôt pour vous présenter le fruit de cette expérience, à Marseille ou ailleurs..
A bientôt.



















































