Mais revenons à nos cargos. 8h30 : je sens que bateau s’arrête et, depuis la salle de bain, je perçois parfaitement - aux vibrations plus fortes qu’à l’habitude - que nous battons machine arrière. J'en déduis que nous sommes en train de mouiller, traduire par : jeter l’ancre à l’eau et laisser glisser suffisamment de chaîne pour que le bateau s’immobilise. La manoeuvre a pour but d'aider le bateau à culer (reculer) et permet de vérifier que l’ancre a bien croché et qu’elle ne dérape pas. Contrairement à ce que l’on peut imaginer, ce n’est pas l’ancre qui maintient le bateau au mouillage mais la chaîne - surtout son poids - qui, maintenue à son extrémité par l’énorme pièce de fonte, rappelle le bateau face au vent.
Dans la coursive du pont "F", je croise le commandant qui me propose d’assister à une manœuvre de mouillage : ils doivent vérifier la remontée en bonne et due forme de l’ancre tribord, celle qui est inutilisée pour l’heure et qui a tendance à mal se positionner. Je vais donc sur la plage avant, 150 mètres plus loin que le château où se déroule cette manœuvre.
C’est dans un fracas de ferraille que le mouillage touche l’eau. La chaîne dont chaque maillon est gros comme ma tête, rebondit sur les guides en dégageant une poussière de rouille. Ensuite, le guindeau le remonte jusqu’à ce que l’ancre prenne sa place.

Nous sommes face à Valence, le temps est couvert, l’eau est à seulement 14 degrés et il faut réchauffer le gasoil pour qu'il soit efficace. Les réservoirs sont munis d’évents qui diffusent une vapeur d’eau parfumée aux hydrocarbures. On la sent nettement sur le pont de travail, plus du tout heureusement en haut du château. D’autres cargos sont en attente dans la baie, des petits, des plus gros, tous attendent l’autorisation d’accoster pour effectuer leur chargement.
A bord du "Marajo", le dimanche est, comme ailleurs, jour de repos. Enfin... pour tous ceux qui ne sont pas de quart ou dont les postes ne réclament pas d’intervention particulière. Le repas est aussi dominical, il y du fromage avec un verre de Sangre de Toro.
Vers 20h, le pilote devrait rejoindre le bord pour nous guider jusqu’au quai. L’escale durera toute la nuit et la journée de
demain. Donc ce soir, tapas dans un bistrot espagnol !

Merci pour ce voyage ...
RépondreSupprimerVous nous faîtes rêver sur ce cargo non touristique. Tous les soirs mes filles veulent la suite ...c'est mieux que "plus belle la vie"; même le week-end vous êtes parmi nous !
Vous réalisez des photographies, j'aimerais bien en voir une ou deux par jour !
Bon vent.
Pascal Glais