



Cette nuit, nous avons effectué le trajet Martinique-Guadeloupe. Le port autonome de Pointe à Pitre semble être le grand frère, presque jumeau, de celui de Fort de France. A l’escale de Fort de France, j’ai découvert les bureaux de l’agence Marfret où j’ai été très bien accueilli... J’ai pu me connecter à la terre pour vous envoyer des images et quelques travaux dont une reproduction qui devrait paraître dans Le Marin la semaine prochaine.
Je vous parle des bureaux parce qu’une compagnie maritime qui gère du fret ou transport de marchandises n’est pas seulement constituée de navires de commerce et de marins mais, on a tendance à l'oublier, d'un vrai réseau : salariés administratifs, logisticiens, commerciaux... Bref, d’un grand nombre d’hommes de terrain auxquels la vie maritime est étrangère. Le seul lien visible entre eux et la mer, c’est le conteneur, et bien sûr les marchandises qu’il renferme.
Toutefois, le contact avec la marchandise n’est plus aussi direct qu'il devait l’être au temps du vrac. Epoque où le marin, le docker et le commercial de la compagnie savaient ce que le bateau transportait.
Aujourd’hui, à l'exception du commercial qui a lui-même démarché le client, nul n'est au courant. On peut éventuellement procéder par déduction pour connaître le contenu des boîtes. Un conteneur réfrigéré «riffer» transporte forcément des denrées alimentaires froides ou même congelées. Et puis il existe, me semble-t-il, des listes des marchandises transportées, mais guère visibles de prime abord. Et l'on comprend, que dans une société de l’image et de l’écran, personne ne cherche à aller au-delà du contenant.
Pour rappel, la boîte n’affiche pas d'autre marque que celle de la société qui la transporte. Pas de conteneur aux grands noms de la société consumériste. Le monde du transport maritime serait-il une enclave dans la société du spectacle décrite par Guy Debord ? Le transport routier, lui, épouse souvent la marque du produit.
Le lien entre la terre, l’entreprise ou l’organisme qui importe ou exporte, le bateau, l’affréteur et la compagnie maritime existe bel et bien. Sans quoi, toute cette organisation serait inopérante. Mais il a perdu, grâce ou à cause d’une rationalisation du temps, des moyens de communication, une sorte de dimension matérielle et donc plastique (bruit, odeurs, vision) un lien physique. Il ne s’agit pas de se poser en passéiste, ni de regretter le bon temps du vrac - où les pommes de terre germaient en fond de cale et où les oignons fermentaient - mais de comprendre quels autres types de liens et de contacts se sont créés, vont se créer. Puisque la nature et plus encore la nature humaine a horreur du vide.
Demain départ pour la République dominicaine.
A suivre.
La réponse à ta question (Pas de conteneur aux grands noms de la société consumériste) est à notre avis qu'en pleine mer les boîtes manquent de spectateurs. Le transport routier identifie ses camions qui sont autant de supports publicitaires, à terre. En mer, les albatros se foutent de Danone comme de Sony... et ils ont vachement raison ;-)
RépondreSupprimerL & J